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ÉDITION DU 23 février 2012

Au secours, les riches Français débarquent !

Par Ian Hamel,

Quelque 5500 étrangers bénéficient déjà d'un forfait fiscal, dont 2000 Français.

- Ce n'est pas un mythe, depuis quelques mois des Français fortunés envisagent de s'établir en Suisse romande.

- Contrairement à 1981, ils ne placent pas seulement leur argent sur les bords du lac Léman, ils s'y installent en famille.

- Si les nantis craignent l'arrivée de François Hollande au pouvoir, ils ne font pas non plus confiance à Nicolas Sarkozy.

Il y a quelques jours, à la une du quotidien Le Monde, le dessinateur Plantu croque un couple de riches Français, encombrés de valises d'où dépassent des liasses de billets de banque, en train de franchir la frontière suisse. Sous l'œil goguenard d'une bonne grosse vache bien de chez nous, fumant le cigare. «Sarko nous a vanté l'Allemagne, on ira en Suisse», murmure la grande bourgeoise. Tous les clichés sont rassemblés dans ce dessin.Dès que la gauche française est susceptible de gagner les élections présidentielles, les nantis se précipiteraient aussitôt pour planquer leurs économies dans les banques à croix blanche. «Sauf que la situation en 2012 n'est pas celle de 1981. Avec la victoire du socialiste François Mitterrand, des Français ont mis leur argent en Suisse, mais sont restés en France. Aujourd'hui, ils viennent avec leur fortune s'établir en Suisse», résume l'avocat Philippe Kenel, auteur de Délocalisation et investissements des personnes fortunées étrangères en Suisse (*).
Fin du bouclier fiscal
Chaque année, Philippe Kenel aide une trentaine de Français à prendre le chemin de la Confédération. Depuis le début 2012, il traite une dizaine de dossiers. Le plus modeste expatrié avance un bas de laine de 10 millions d'euros (12 millions de francs). «Je suis président de la Chambre de commerce suisse pour la Belgique et le Luxembourg. J'ai également des clients qui souhaitent s'établir dans ces deux pays», souligne Philippe Kenel. Bref, le départ des Français fortunés n'est pas un mythe. François Micheloud, à la tête d'un cabinet de conseil financier, installé près de la place Saint-François à Lausanne, le confirme. «Depuis la disparition du bouclier fiscal en France, j'enregistre une forte augmentation des demandes d'information. C'est vrai que les clients bien lotis financièrement redoutent l'arrivée de la gauche au pouvoir. Mais même si Nicolas Sarkozy repasse, ils craignent d'être davantage taxés», constate François Micheloud.Le bouclier fiscal était le symbole du sarkozysme triomphant. Par ce dispositif, l'ancien maire de Neuilly répondait aux attentes de ses copains millionnaires du Fouquet's. Il plafonnait les impôts directs, y compris les contributions sociales, à 50% des revenus. Liliane Bettencourt, la Française la plus riche, s'est ainsi vue «ristourner» 36 millions de francs en 2008! Mais plombé par les sondages, Nicolas Sarkozy a été contraint l'année dernière d'enterrer cet indécent bouclier. Résultat, un peu plus de deux redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), (soit 850 personnes par an), quittent chaque jour l'Hexagone…
S'établir vraiment en Suisse
«Pourquoi les attaques en France ciblent-elles toujours la Suisse et son forfait fiscal, et non la Belgique, Monaco ou Londres?», s'agace André Gruber, associé du cabinet genevois DGE avocats. «Je suis très clair avec mes clients: le bénéficiaire d'un forfait fiscal doit véritablement s'établir en Suisse, avec femmes et enfants. Ce n'est pas si simple, il doit quitter un réseau social et s'en recréer un autre, afin de s'intégrer localement», ajoute André Gruber. Depuis de début de l'année, il a été sollicité par une dizaine de particuliers et par une demi-douzaine de confrères français se renseignant pour leurs clients fortunés. (*) Philippe Kenel, Délocalisation et investissements des personnes fortunées étrangères en Suisse. Guide juridique et pratique. Analyse politique, 380 pages, Editions Favre. «Pourquoi les attaques en France ciblent-elles toujours la Suisse et son forfait fiscal, et non la Belgique, Monaco ou Londres?» ANDRÉ GRUBERassocié du cabinet genevois DGE avocats

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