«Genève est la ville qui nous a sauvés»
Esteban Isnardi
– Vous écumez la planète pour enseigner la salsa. Qu'est-ce qui vous fait courir le monde?
– La passion. La salsa cubaine est en moi. Elle m'habite littéralement. On m'invite dans des festivals et des congrès pour que je transmette cette passion. Je trouve excitant et gratifiant d'être l'un des ambassadeurs de cette culture. Je vais avec la salsa autour du monde, et je transcris le monde que j'expérimente autour de la salsa dans mes livres.
– Quel voyage vous a le plus marqué?
– Mon retour dans mon pays, l'Uruguay, après 13 ans d'absence. J'y suis allé pour présenter ma tournée mondiale sur quatre chaînes de télévision. On m'a accueilli comme le retour de l'enfant prodigue. Les gens, dans la rue, me témoignaient leur tendresse. J'ai pu revoir des amis d'enfance. Je marchais comme un pèlerin dans mes pas de jadis.
– Une anecdote?
– J'ai participé à un festival pas comme les autres à Manchester, 100% écologique. La musique était actionnée par un vélo fixé au sol et sur lequel des bénévoles se relayaient pour pédaler, et ainsi activer l'énergie nécessaire. Dans une autre pièce, l'électricité était produite par des capteurs solaires installés aux fenêtres. On nous a offert de l'eau du robinet. La nourriture était exclusivement locale. Les t-shirts en vente, de seconde main.
– La salsa, qu'est-ce que cela représente en 2012?
– Cela fait des années qu'on prédit le déclin de la salsa dans le monde. Chronique d'une mort annoncée, à tort… Son côté social, la joie que procure son rythme, le naturel du rapport hommes-femmes qui s'installe, font de la salsa l'une des danses les plus populaires sur la planète. Chez les jeunes, on assiste à des mélanges et à des fusions qui renouvellent le genre et lui confèrent une vigueur nouvelle.
– Quel est votre lien avec Genève où vous avez installé votre école de danse?
– Un lien très étroit. Ma famille est réfugiée politique. Elle a fui l'Amérique latine alors que j'étais adolescent. Genève restera pour toujours la ville qui nous a sauvés. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est ma maison. C'est une notion qu'un déraciné perd souvent. Mais j'aime Genève d'un amour doux. Quelque chose en moi se reconnaît dans ses rues. Et c'est surtout la ville où est née ma fille. Cette phrase rend inutile toute autre explication.
– De nouveaux voyages en 2013?
– Oui! Et même avant. En novembre, je serai l'un des artistes internationaux du festival de salsa de Bangkok, en Thaïlande. Des aventures m'y attendent à n'en pas douter. Ensuite, ce sera la Finlande où je suis invité par le vice-champion de Cuba qui y réside. Et en 2013, le Liban, le Ghana, l'Azerbaïdjan, la Géorgie… Ma tournée mondiale est encore en culottes courtes… Comme le dit Eluard: «L'aube est bonne à tous les âges».
«Le Monde autour de la salsa: carnets de route», par Esteban Isnardi, éditions Elzévir, www.editions-elzevir.fr/livre/esteban-isnardi_le-monde-autour-de-la-salsa. Son école de samba à Genève: www.expresion-salsa.com















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