«J'aurais préféré être beau et con à la fois»
Il aura 90 ans le 27 octobre prochain. Michel Louis Edmond Galabru est un acteur toujours aussi truculent.
Rencontre avant sa venue à Genève
Michel Galabru
Nonante ans! Vous allez fêter ça ?
Je ne sais pas. Ce n'est pas moi qui vais organiser quoi que ce soit. Il n'y a rien de bien réjouissant à se rapprocher de la fin.
Après tant d'années de succès, quel homme êtes-vous devenu ?
Pas plus, pas mieux que ce que j'ai toujours été: un pauvre mec, comme nous le sommes tous. [Rires.] On nous a crachés sur cette terre alors qu'on ne demandait rien. Nous sommes restés là, évitant la maladie, perdant peu à peu les gens qu'on aime et ayant peur d'en perdre d'autres… Une vie passe si vite.ñ Votre souvenir d'acteur le plus heureux?ñ Mon premier prix au Conservatoire d'art dramatique de Paris, en 1950, qui m'a ouvert les portes de la Comédie française. L'éclosion, la sortie de l'œuf, le début de ma médiatisation.
C'est la Comédie française qui vous a fait connaître ?
Pensez-vous. C'est surtout le cinéma. Jouer magnifiquement Phèdre au théâtre, ça vous ramène tout au plus trois lignes dans le Figaro. Pour être médiatisé, mieux vaut se mettre à poil sur un chameau…
Actuellement, vous jouez Aimable, dans La femme du boulanger, pièce de Marcel Pagnol. Encore! Serait-on tenté de dire…
Cette pièce est un classique, une comédie éternelle. Ce qui touche les spectateurs, c'est l'humanité de cet homme qui est amoureux et qui souffre… Et pendant que nous parlons, là, ensemble, il y a des gens comme lui qui souffrent, des femmes qui ont perdu leur mari, des gens qui pensent même à perdre la vie par amour… il y a des drames qui se trament… En jouant, j'ai toujours une pensée pour eux.
Vous dites que vous auriez aimé être dans la peau d'un jeune premier ?
Bien évidemment. Au théâtre, je suis une petite tête d'affiche. J'aurais aimé être Clarke Gable.
Vous avez souffert de votre physique ?
Forcément. Petit, on vous fait sentir que vous n'êtes pas beau. On m'appelait banane. J'étais le clown du pensionnat. C'est plutôt sympathique. Mais pour trouver une femme… J'aurais préféré être beau et con à la fois. Avoir la gueule d'Alain Delon, vous vous rendez compte!
Vous vous êtes pourtant marié deux fois ?
Oui, oui. On finit toujours par trouver son couvercle. Mais il faut chercher parfois longtemps. Je n'ai eu le mien que quand j'ai commencé à être connu et à avoir un peu d'argent…
Un regard un peu sévère sur les femmes…
Je ne suis pas dupe. J'ai connu une productrice un jour. Une femme d'une beauté extraordinaire. A la fin du tournage du film, elle me dit: - Monsieur Galabru, mon mari donne un apéritif demain. Voudriez-vous vous joindre à nous? Je me suis dit: cette femme doit avoir pour homme un Gary Cooper. Pas du tout. C'était un petit gros, tout chauve, avec des lunettes cerclées d'or… Mais, il était un homme d'affaires qui avait réussi! Le boulanger, lui, voit revenir sa femme à la fin de la pièce. Mais ça, c'est du théâtre! «La femme du boulanger», une pièce de Marcel Pagnol, avec Michel Galabru, au Théâtre du Léman les 9 et 10 octobre. www.swissarthurprod.ch















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