Ecosse, un vote qui dérange

AUTODETERMINATION • De quoi j’me mêle! Commentant le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, un éditorialiste romand se demandait, la semaine dernière, si c’était une bonne idée. Et d’y aller avec le ton paternaliste de celui qui croit être sage parce qu’il a bien réfléchi aux enjeux. On aimerait d’abord avoir l’avis des principaux intéressés, les Ecossais eux-mêmes.

Que ceux-ci approuvent ou refusent l’indépendance a moins d’importance que la volonté et la possibilité de s’autodéterminer. Un peuple vit s’il veut vivre, disait un poète romanche, et c’est vrai pour toutes les populations, qu’elles appartiennent à l’ex-empire britannique ou à la Confédération helvétique. Comment auraient réagi les Jurassiens en 1978, si la presse écossaise se fût aventurée à leur déconseiller une prise en main?

En Grande-Bretagne, on agite le spectre d’un krach financier et d’une baisse du PIB en raison des pertes de revenus liées au pétrole de la mer du Nord. La crainte n’est pas infondée mais peut-être exagérée car l’Ecosse et l’Angleterre, pour rivales qu’elles soient, n’en sont pas moins des sœurs qui ont partagé des siècles d’histoire. Elles maintiendront des liens privilégiés entre elles, comme le Jura l’a fait avec Berne.

En réalité si tellement de monde s’immisce dans le vote écossais, c’est que celui-ci dérange au-delà de Londres. Ne serait-ce que parce qu’il précède l’autodétermination d’une autre minorité remuante, les Catalans.

Bruxelles redoute de nouvelles crises, en oubliant que les régions constituent l’axe central de l’Europe culturelle telle que la rêvait l’un de ses «pères» , le Suisse Denis de Rougemont.

Un «oui» au référendum irriterait surtout Washington et l’OTAN qui base des sous-marins nucléaires au large des côtes écossaises.