Mariage à l’allemande, divorce à l’italienne

MONNAIE EUROPÉENNE • Voir la paille dans l’œil du voisin mais pas la poutre dans le sien. Les médias français ont été bien prompts, ces derniers mois et années, à rugir d’indignation devant la montée de l’extrême-droite dans d’autres pays membres de la Communauté européenne, Hongrie en tête. Ils ont réclamé des sanctions et Bruxelles a privé Budapest de centaines de millions d’euros en guise de rétorsion. Aux dernières élections européennes pourtant, c’est le parti gouvernemental de Viktor Orban qui l’a emporté haut la main. L’épouvantail Jobbik, lui, garde la deuxième place mais perd plusieurs points. On ne peut en dire autant en France où le Front national est devenu la première formation politique du pays. Moralité, mieux vaut d’abord balayer devant sa porte.

Ironie de l’histoire dans un contexte d’ancienne rivalité franco-germanique, c’est en Allemagne que les électeurs se sont montrés les plus modérés. L’alliance conservatrice fait front derrière la chancelière Merkel, la locomotive économique du continent témoigne de sa maturité et rassure relativement dans la mesure où elle a le plus grand nombre de députés au parlement européen. Son rôle stabilisateur ne sera pas de trop sur le plan financier car si une majorité de Français restent attachés à la monnaie unique, selon un sondage, la mort de l’euro n’en figure pas moins au programme économique du Front national, à côté de mesures protectionnistes telles que le contrôle des capitaux et des changes.

De doctes économistes assurent qu’un retrait de la zone euro ne serait pas plus compliqué qu’un divorce à l’italienne. Une annonce à la clôture de la bourse avant les départs à la mer et le tour est joué. C’est possible mais quelle que soit la décision, le fond du problème ne changera pas. Franc français, euro ou deutschemark, la monnaie européenne restera marquée du sceau allemand.